Cévennes : renaissance du Pastis historique des Gueules Noires

Publié le par Jean Bernard

Un slogan des années 1950 que Noël Carmona, le propriétaire actuel, espère accorder très vite au futur.

Certaines histoires d'entreprises ressemblent à de véritables aventures. C'est le cas d'une petite société cévenole dont le développement fut pendant très longtemps lié à l'histoire de la mine dans cette région. Ainsi, il faut remonter à 1881 pour retrouver trace d'une société de négoce de vins et de fabrication d'apéritifs et de spiritueux. C'était à Saint-Florent-sur-Auzonnet, dans une vallée au Nord d'Alès (Gard) où il y avait presque autant de puits de mines que de clochers d'église...

Cette société est devenue en 1900 la propriété de Léon Germain qui va très vite se lancer dans la création de boissons alcoolisées. Le Kina, la Fine Lachamp ou encore la Gentiane noire figurent à son catalogue. D'autres liqueurs baptisées avec un certain humour coquin "Liqueur du cocu", "Liqueur du divorce" ou "Crème de pucelle" verront les jour au fil des années suivantes marquées autant pas la guerre que par le développement du bassin houiller des Cévennes.

Adieu absinthe, bonjour Pastis !

L'interdiction de la production d'absinthe qui intervient en 1915 incite les liquoriste à travailler à la création d'un autre apéritif anisé. Pour la maison Germain, ce sera "L'Avion" qui verra le jour en 1930. Un succès se dessine en même temps que Roger, fils de Léon Germain s'implique dans l'entreprise et crée notamment un dépôt pour ses produits à Lyon. La maison Germain quitte ainsi ses limites régionales tout en accumulant les médailles dans les différentes foires-expositions où elle présente ses produits.

Avec la légalisation de l'appellation Pastis en 1951, L'Avion devient Pastis Germain et la croissance est toujours au rendez-vous. Tant en termes de production, grâce à la mécanisation de l'embouteillage, qu'en termes d'étiquettes voire de clins d'oeil à l'image de la "Liqueur de Dantzig" qui cherche à séduire les mineurs d'origine polonaise.

Les liqueurs, à l'image de celles produites à partir de verveine locale marquent l'ancrage fort de la société sur son territoire tout autant qu'à l'histoire familiale avec la création du "Papé Léon", un pastis inspiré d'une recette ancienne. Il apparait d'ailleurs avec une bonne décennie d'avance sur ses concurrents.

Le G Bleu inspire la concurrence...

L'entreprise finira par perdre son caractère familial en 1992 et six ans plus tard, deux associés vont réussir un coup de maître en lançant le G Bleu, le premier pastis bleu le 1er janvier 2000. Depuis bien des concurrents, structures artisanales ou grands groupes se sont inspirées de ce pastis prioritairement destinée à la clientèle féminine. Le bleu est aussi la couleur de l'Iceberg G, une liqueur de menthe orientée vers les jeunes consommateurs.

Germain grandit vite, trop sans doute, et la gestion ne suit pas alors même que les produits connaissent sans cesse plus de succès. Le 4 mai 2004, la liquidation est prononcée.

Il faudra attendre près d'un an pour qu'un chef d'entreprise spécialisé jusque-là dans les engins de travaux publics concrétise son projet de reprise. Noël Carmona s'engage alors dans un véritable parcours du combattant dont il aperçoit l'issue en cet été 2016. En effet, les premières bouteilles de Pastis Germain, G Bleu et Iceberg G sont à nouveau à la vente dans quelques enseignes de la région d'Alès. 7.000 bouteilles au total pour relancer la marque et jauger le marché de proximité.

Augmenter la production au fil des ventes

Noël Carmona le reconnaît, il n'a cessé de payer pour les "erreurs" commises par les deux derniers propriétaires associés. Avec pour principale conséquence de voir les services des Douanes rendre très compliqués les achats d'alcool. "Parfois encore on me reproche les faits de mes prédécesseurs, et face aux banques ou aux fournisseurs je dois me justifier et rappeler tout ce que j'ai pu investir ici."

Alors en attendant de trouver la solution, et après une liquidation en 2010 qui ne l'a pas incité à renoncer pour autant ("Je n'aime pas l'échec !"), Noël Carmona a relancé la production de sirops. "Certains classiques sont à base de sucre de canne et d'autres qui peuvent répondre aux attentes de personnes sous régimes contraignants sont à base de fructose. Nous avons également développé une gamme de sirops de thé tout à fait originale."

Mais le fer de lance de la relance de la marque Germain demeure son fameux pastis. Celui dont les mineurs de fond ont assuré le succès commercial pendant des décennies et dont le nom, entre Gard, Ardèche, Lozère ou encore l'Hérault claquait à l'heure de l'apéritif au comptoir.

De l'envie des consommateurs de renouer avec cette marque régionale dépendra le succès des premières ventes et au-delà le développement de la production. Une histoire de patience qui s'accompagnera peut-être, dans les prochains mois, de la relance d'une autre marque d'apéritif anisé. En effet, Noël Carmona a acquis le nom et la recette du Pastis Liandier qui était produit à Alès jusque dans les années 1990.

En cet été 2016, Noël Carmona a pu relancer la production de quelques milliers de bouteilles de Pastis Germain et de pastis G. Bleu. © Jean Bernard

En cet été 2016, Noël Carmona a pu relancer la production de quelques milliers de bouteilles de Pastis Germain et de pastis G. Bleu. © Jean Bernard

Iceberg G, Pastis Germain et G Bleu ont retrouvé place dans les rayons de quelques grandes surfaces cévenoles. Le début d'une nouvelle histoire.  © Jean Bernard

Iceberg G, Pastis Germain et G Bleu ont retrouvé place dans les rayons de quelques grandes surfaces cévenoles. Le début d'une nouvelle histoire. © Jean Bernard

Les sirops de thé ont permis à la clientèle de ne pas oublier la marque Germain.  © Jean Bernard

Les sirops de thé ont permis à la clientèle de ne pas oublier la marque Germain. © Jean Bernard

Commenter cet article