Au Château de Calavon, le goût et les couleurs

Publié le par Jean Bernard

Le château de Calavon est entouré de vignes. © Jean Bernard
Le château de Calavon est entouré de vignes. © Jean Bernard

A Lambesc, en Coteaux d'Aix, comme à Châteauneuf-du-Pape, les vendanges sont terminées depuis longtemps. Michel Audibert peut reprendre son souffle, lui qui s'est partagé entre ces deux terroirs. Le premier rime avec Château de Calavon. Un domaine familial, celui créé par Clément Audibert, son arrière grand-père, à la veille de la Grande guerre. « Il travaillait dans le négoce d'huile d'olive et de savon et pour relancer ce vignoble de 45 ha, il est allé à Beaune pour prendre des cours. C'est lui également qui a transformé dans le village l'ancien relais de poste du 17e siècle en cave de vinification. »

Marcel Audibert, son fils ingénieur agronome, a entretenu l'exploitation. « Il a aussi beaucoup œuvré pour l'appellation Coteaux d'Aix. Un précurseur qui était en recherche permanente et a planté des cépages peu connus alors. »

Après un séjour au Maroc, Maurice Audibert, la troisième génération, a retrouvé Calavon au milieu des années 1950. En parallèle, il travaillait à l'Onivin à Montpellier. « Pour notre famille, les week-end est les vacances se passaient ici, se souvient son fils Michel Audibert. Si j'ai obtenu un DUT de biologie appliquée, spécialité industrie alimentaire, j'avais dans un coin de la tête la volonté de reprendre un jour le domaine. »

Un encépagement très varié

« Pendant quatre ans, j'étais un simple ouvrier agricole et c'est là que j'ai compris que j'aimais vraiment cet endroit et décidé d'en prendre la responsabilité. En 1998, je suis devenu maître à bord

d'un domaine où il fallait investir lourdement. Si une majorité des vignes était en bon état, en revanche il fallait apporter de la technologie pour moderniser l'outil de travail. » Michel Audibert a beaucoup arraché et replanté pour atteindre aujourd'hui l'encépagement suivant : 20% grenache, 20% syrah, 20% carignan, 10 %cabernet, 15% cinsault, 5% vermentino et le reste en mourvèdre, bourboulenc, clairette, sémillon, sauvignon blanc. Il a surtout préservé une douzaine d'hectares de vieux pieds de carignan qui ont entre 60 et 90 ans. « C'est une rareté en Pays d'Aix, car beaucoup les ont arrachés. »

Le vigneron a également dû comprendre son terroir essentiellement concentré au nord-ouest de Lambesc, dans un vallon cerné de bois. « La vigne à Calavon, c'est complexe avec des zones très arides et de la roche. Mais c'est un terroir très intéressant pour l'expression des vins blanc et rouge. Exactement ce que je recherche pour m'éloigner du rosé. Certes, en Provence, c'est presqu'une obligation d'en produire. Mais en Coteaux d'Aix, il se situe dans les premiers prix et c'est souvent le négoce qui est notre principal client... »

Offrir une autre image

L'avenir, Michel Audibert le voit donc autrement mais aussi ailleurs.

« Autrement, cela veut dire en produisant des rouge de garde puisque ce terroir le permet. Des vins d'élevage même si le passage en barriques est encore confidentiel avec quelques milliers de bouteilles. J'aime les rouge puissants, mais il ne faut pas aller trop loin sinon on propose des vins qui ne sont pas à la portée de tout le monde et donc compliqués à vendre. On réussit une bonne extraction mais il n'y a pas besoin d'attendre 10 ans pour les boire. Je cherche donc à construire une autre autre image. Celle d'un domaine partiellement en sommeil qui est en pleine phase de renaissance et figure désormais dans le groupe des leaders qualitatifs de l'appellation. »

Par conviction, ce vigneron débordant d'enthousiasme lorsqu'il évoque son métier, a choisi de prendre le virage vers le bio dès 1998. « Mais je n'ai pas fait les démarche de suite. Je n'éprouvais le besoin d'exploiter cette orientation commercialement. 2013 a donc été le premier millésime certifié. »

Une autre image, c'est aussi élargir son horizon. Le passionné de vin rouge qu'il est, a donc saisi l'opportunité qui se présentait de racheter 6 ha sur l'appellation Châteauneuf-du-Pape. « Ce domaine, c'est le Jas des Papes que nous avons récolté pour la première fois en 2014. J'avais cette envie depuis longtemps. Je veux être reconnu pour mon travail sur le vin rouge en sortant d'une appellation qui ne veut parler que du rosé. C'est aussi s'accrocher à la notoriété d'un terroir d'exception. Et si j'ai conscience que se faire un nom et imposer une signature prendra du temps, je vois ce second domaine comme une première étape vers d'autres appellations des côtes du Rhône. »

Michel Audibert a donc mis le cap au Nord soutenu par une équipe qui croit en ses projets.

Michel Audibert, veut s'affirmer grâce à ses vins rouges. © Jean Bernard

Michel Audibert, veut s'affirmer grâce à ses vins rouges. © Jean Bernard

Le vignoble ne cesse de s'étendre sur les coteaux. © Jean Bernard

Le vignoble ne cesse de s'étendre sur les coteaux. © Jean Bernard

Une gamme complète sous l'étiquette du Château de Calavon. © Jean Bernard

Une gamme complète sous l'étiquette du Château de Calavon. © Jean Bernard

Commenter cet article